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Le partage d’expérience en SEO : pourquoi on s’y prend mal ?

Actuellement, une partie importante des référenceurs sont autodidactes. Ils se sont formés seuls, moi le premier.

Pour y arriver, nous avons tous utilisé plusieurs moyens : les livres, les conférences, les articles et tutoriels et sur le web, et bien entendu pour certains, réaliser ses propres tests (PS : c’est la meilleure méthode pour apprendre).  Il faut savoir que lorsque l’on lit ou que l’on écoute un autre référenceur, on acquiert ce qu’il nous partage. Quand on transmet soi-même des compétences, on essaie de transmettre au mieux notre savoir et nos convictions (comme ici sur ce site, ou bien avec les articles que je publie sur SeoMix).

Mais il y a un vrai problème : on partage mal nos expériences, ou alors, on ne partage pas celles qui auraient dû l’être.

Voyons pourquoi on s’y prend mal, et pourquoi on doit toujours prendre avec des pincettes tout ce qu’on nous dit et ce que l’on lit.

Ce que vous partagez n’est pas toujours adapté

Le niveau de connaissance des apprenants

C’est le premier point bloquant : le niveau de compétences des personnes à qui vous allez transmettre des informations n’est pas toujours suffisant. Certains seront débutants, d’autres aguerris. Une même information sera comprise différemment en fonction du niveau initial des personnes. Et malheureusement, cela peut aboutir au mieux sur une incapacité à apprendre les compétences transmises, au pire le fait de comprendre de travers (et c’est fréquent…).

Lorsque l’on parle de formations professionnelles, c’est le rôle du formateur de s’assurer du niveau minimal requis pour que les connaissances soient correctement assimilées et pour qu’elles soient utiles (c’est d’ailleurs un des nombreux points de la certification Qualiopi obligatoire pour les organismes de formation, et que l’on l’a obtenu à l’agence pour nos formations WordPress et SEO).

Mais dans le cadre d’un partage dans un livre, sur Internet ou encore sur les réseaux sociaux, vous ne pourrez pas vous assurer du niveau des personnes qui vont vous lire et vous écouter.

Cela nous amène à un problème simple :  le biais cognitif de la malédiction de la connaissance. Son principe est simple : ce biais d’apprentissage et de transmission apparaît quand une personne va supposer (inconsciemment) que les autres ont peu ou prou les mêmes connaissances pour comprendre, y compris des compétences annexes pourtant nécessaires. Un formateur, un auteur ou un blogueur doit donc toujours essayer de simplifier et de revenir aux éléments basiques pour transmettre ses compétences (ce que fait par exemple très bien Olivier Andrieu sur Abondance ou dans ses livres, ou encore ce que l’on fait dans SEOKEY, notre extension SEO pour WordPress).

Mon conseil => vous devez toujours être capable de simplifier, reformuler ou de résumer n’importe quel concept, peu importe à qui vous vous adressez. Si ce n’est pas le cas, vous risquez de ne pas vous faire correctement comprendre.

L’écrit est moins puissant que l’oral

Second écueil, la transmission de vive voix est souvent plus facile, car on peut reformuler à volonté (et réagir en temps réel aux réactions des individus). De même, il est plus simple de montrer un concept, une méthodologie ou un outil physiquement plutôt que d’avoir l’explication écrite « cliquez ici, puis cliquez sur…« . C’est pour cette raison par exemple qu’un atelier sera toujours plus efficace que la lecture d’un tutoriel.

Mais la vraie force de l’oral, c’est l’interaction humaine : le fait de voir le visage des personnes vous permet immédiatement de voir s’ils arrivent à comprendre, et donc de moduler la façon dont vous allez expliquer un concept. En résumé, certains formats sont plus puissants pour apprendre : Présentiel > Visioconférence > Vidéo > Audio > Texte (attention, ce n’est pas exact pour tout le monde).

Cela me fait beaucoup penser à ce visuel sur comment faire intégrer des connaissances à un apprenant (l’oral et la pratique étant deux facteurs clés) :

Ce qu'un apprenant peut intégrerRemarques :

  • ne prenez pas au pied de la lettre les chiffres indiqués, ce sont des ordres de grandeur (et de plus, chaque apprenant est différent) ;
  • je n’ai pas réussi à trouver l’auteur original de l’image. Si l’un de vous la connaît, je suis preneur.

Mon conseil => A l’écrit, essayez toujours de simplifier les explications pour vous assurer que cela puisse être compris et utilisé par le plus grand nombre de personnes. Accompagnez, dans la mesure du possible, chaque écrit par de l’oral, de la vidéo ou du présentiel.

Le manque de moyen (humains et financiers)

C’est un aspect qui peut avoir beaucoup d’impact. Si vous transmettez vos connaissances, que ce soit en SEO, sur WordPress ou sur n’importe quel autre sujet, il faut toujours vous assurer d’un point clé : la personne qui va apprendre va-t-elle être capable d’appliquer ou de faire appliquer les différents conseils ? Car malheureusement, il faut souvent avoir du temps et de l’argent pour mettre en place certaines actions.

En d’autres termes, on peut vous donner les meilleurs conseils du monde, ils ne servent à rien si on ne peut les appliquer. Par exemple, lors de nos audits chez SeoMix, on essaie au maximum d’adapter nos stratégies et préconisations aux moyens de nos clients. Chaque formation, chaque vidéo, chaque tutoriel devrait ainsi essayer de respecter ce principe : ne pas « surcharger » d’informations et de conseils si ces derniers ne sont pas applicables.

Mon conseil => Si possible, assurez-vous du potentiel de l’apprenant, notamment son budget et le temps qu’il peut consacrer la mise en place des préconisations.

Une utilisation sans comprendre des concepts

Une autre problématique sur la transmission de connaissances en référencement naturel (ou sur d’autres sujets), ce sont leurs utilisations. Certains vont avoir tendance à appliquer tel quel toute préconisation qui leur est donnée. Cela pose d’innombrables problèmes :

  • On peut avoir mal compris ;
  • L’apprenant peut ne pas avoir les compétences techniques requises initiales ;
  • Cela ne s’applique pas à notre cas personnel ;
  • La personne qui partage peut se tromper ;
  • Elle peut aussi ne pas avoir nuancé suffisamment ses propos ;
  • On peut vous mentir volontairement ou non (c’est notamment le cas de certaines annonces de Google sur ce qui aurait de l’impact réel ou non sur le positionnement) ;
  • Vous n’avez pas les moyens pour appliquer entièrement les différents concepts (voir le point précédent).

On partage les mauvais éléments

Ça dépend…

Les problématiques précédentes sont axées sur l’apprenant. Maintenant voyons pourquoi la personne qui transmet ses connaissances SEO peut souvent être remise en cause. Car là où le vrai problème de transmission de connaissance se pose, ce sont tous les biais et mauvaises habitudes auxquels sont confrontés les formateurs. C’est d’ailleurs pour cela que le métier de référenceur est aussi flou et que l’on trouve tout et son contraire sur certains sujets.

Nous avons TOUS une vision biaisée de nos métiers, de part nos compétences, nos expériences et notre environnement de travail. On peut donc être réellement persuadé d’un concept, et pour autant ce dernier peut être erroné. Prenons quelques exemples dans le milieu SEO, certains étant vrais, d’autres faux, et le reste à nuancer plus ou moins fortement :

  • Les réseaux sociaux améliorent le référencement naturel ;
  • Un site HTTPS est indispensable en SEO ;
  • On peut se positionner sans liens ;
  • Il faut impérativement 500 mots pour être visible ;
  • Le temps de chargement d’une page web est un critère déterminant pour la visibilité ;
  • Le responsive design est obligatoire pour apparaître dans Google ;
  • Les noms de domaines avec mot clé (« Exact Mach Domain ») peuvent provoquer une pénalité ;
  • Etc.

Si vous demandez à plusieurs référenceurs, ils auront certainement des avis différents sur toutes les affirmations précédentes. Cela provient de biais cognitifs multiples, dont en voici une liste non exhaustive :

L’effet Dunning_Kruger

Ce biais cognitif est assez simple à expliquer : les moins qualifiés dans un domaine peuvent avoir tendance à surestimer leurs compétences. On l’associe habituellement au concept d’ultracrépidarianisme, c’est-à-dire le fait que l’on a tendance à donner son avis sur des éléments sur lesquels nous n’avons pas les compétences nécessaires (nous avons tous eu dans notre entourage des experts virologues pendant l’épidémie de COVID). Dans le monde du SEO, c’est généralement le cas : on pense que…, on croit que…, on nous a dit que…, Google a annoncé que…

Pour mieux comprendre ce concept, cette vidéo en parle très bien :

La supériorité illusoire

Autre biais cognitif qui va toucher le transfert de compétence, la supériorité illusoire est le fait pour un individu de surestimer ses qualités et capacités, par rapport aux mêmes qualités et capacités des autres personnes.

C’est assez fréquent entre référenceurs ayant plusieurs années d’expérience (donc se sentant parfois « supérieurs ») face à des référenceurs débutants. Et pourtant, ces derniers peuvent avoir tout à fait raison ou peuvent apporter une véritable plus-value à une problématique donnée. Gardez en tête que personne n’a la science infuse.

Les biais de perception

Commençons par la perception sélective. Il s’agit de la tendance à interpréter de manière sélective ce que l’on observe (selon différents critères : nos situations, nos expériences, nos propres avis, etc.). En référencement naturel, nous avons d’ailleurs tous tendance à le faire. Par exemple, je peux être persuadé que le maillage interne est efficace pour donner du poids à une page (SPOILER ALERT, c’est le cas). Je vais alors faire des tests en ce sens. Si les résultats sont bons, cela confirmera mon avis initial, et donc la perception sélective que je peux avoir sur cette technique. Pourtant, il est tout à fait possible que le changement de visibilité que je vais constater ait une autre origine.

Ensuite, le biais de confirmation nous pousse à privilégier les informations qui confirment nos idées préconçues ou nos hypothèses. Là encore, prenons un exemple concret : si je pense qu’un backlink avec une ancre exacte est nocif (la fameuse peur de la pénalité), je vais avoir tendance à partir du principe que toute baisse de visibilité sur mes contenus sera due à ces fameux liens, alors que je peux très bien avoir un problème technique sur mon site Internet.

Enfin, vous avez ensuite un autre biais de perception, proche de la perception sélective : l’illusion des séries. Il s’agit ici de percevoir à tort des coïncidences dans des données au hasard. C’est souvent le cas en SEO : il y a tellement de critères qui vont impacter le positionnement que l’on peut vite avoir tendance à dire qu’une méthodologie a de l’impact alors que ce n’est pas le cas.

Vos tests sont erronés

Imaginons maintenant que vous soyez passé au travers des problématiques précédentes. Cela ne vous empêchera pas de partager de la mauvaise façon vos connaissances SEO. Car dans de nombreux cas, vos tests sont faux !

Cela provient de plusieurs problématiques :

  • confondre cause et corrélation ;
  • ne pas avoir un échantillon représentatif ;
  • l’impossibilité d’isoler l’élément testé.

Passons-les en revue puisque c’est important de comprendre pourquoi on se trompe dans nos propres apprentissages.

Cause et corrélation

L’illusion de corrélation est un des pires ennemis du référenceur. Cela rejoint d’ailleurs nos concepts de perception sélective et de biais de confirmation dont nous avons parlé. Ce biais nous pousse à croire qu’il existe forcément un lien entre une action et un résultat, ou à surestimer grandement la force de ce lien, alors qu’en réalité :

  • Il n’existe pas ;
  • Son impact est minime ;
  • Son impact réel est l’inverse de ce que l’on croit (mais d’autres facteurs viennent interférer) ;

Prenons un exemple simple : je modifie les balises titles d’une section de mon site, puis quelques jours après, j’obtiens un meilleur positionnement. Pour autant, les deux éléments ne sont pas forcément liés. Comme d’autres critères sont pris en compte sur la même période de temps, que vos concurrents continuent à faire évoluer leurs sites et que Google doit ingurgiter une quantité d’informations toujours plus grande, et change ses algorithmes, on ne peut affirmer avec certitude ce lien de cause à effet (surtout sur un échantillon non représentatif).

C’est d’ailleurs toute la complexité du métier : connaître tous les critères qui peuvent entrer en compte dans le positionnement d’une page web, savoir les pondérer et avoir suffisamment de recul pour vraiment connaître quelles sont les actions qui auront de l’impact. Pour cela, je le rappelle, rien de tel que de faire continuellement des tests et de mesurer nos actions au quotidien.

Pour revenir à ce biais, on peut donc difficilement affirmer la cause exacte d’un changement de position. On pourra cependant trouver des corrélations. Prenons un second exemple : un site ayant mis en place un balisage schema.org voit son positionnement s’améliorer. On pourra noter la corrélation entre les deux évènements. Ce n’en est pas pour autant une cause absolue :

  • Comme indiqué juste avant, d’autres éléments peuvent influer sur la même période ;
  • Mais un site mettant en place cette technique est souvent un site technique globalement optimisé sur ses autres aspects.

Rappelez-vous toujours, il est difficile d’isoler un élément. Cet article anglais en parle d’ailleurs très bien : Do We Have the Math to Truly Decode Google’s Algorithms?

L’échantillon représentatif

Celui-là est un classique. Pour confirmer une donnée, il faut pouvoir la vérifier suffisamment pour que ce ne soit pas un coup de chance. C’est ce qu’on appelle le biais de représentativité. Il faut un échantillon représentatif pour s’assurer de la véracité d’un fait. Et j’ai tendance à dire qu’un échantillon fiable, c’est a minima un groupe de 100 à 150.

Au-delà du volume, un échantillon doit être représentatif de la réalité du monde que l’on va analyser. Par exemple, dans notre cas de figure, il nous faudrait différentes typologies de sites (e-commerce, actualité, blog, sites vitrines, etc.). Imaginons que les sites e-commerce représentent 10% des sites dans le monde, il nous faudrait au moins 10% de cette typologie de site dans notre échantillon.

Ce n’est d’ailleurs pas du tout un concept SEO, car cela s’applique dans le domaine des sondages, des études de marché, des analyses scientifiques et bien plus.

En d’autres termes, les tests SEO que l’on peut lire sur de nombreux sites sont tous intéressants, mais si l’un d’entre eux indique qu’une technique a un impact donné, il faudrait répéter 100 fois ce test pour en être certain. Le fait de refaire le test permet de réduire l’impact d’autres causes ou éléments perturbateurs et d’obtenir une tendance et une moyenne plus fiable de l’impact.

Ce que devrait faire tout référenceur

L’importance de tester

C’est la plus grande qualité d’un référenceur : être capable de tester en continu tous les aspects du SEO, même des éléments que l’on peut considérer comme acquis. On peut expérimenter de nouvelles choses, ou tester celles que l’on applique bêtement dans les préconisations « classiques ». Par exemple, on pourrait se demander :

  • l’impact réel d’un mot clé dans un H1 ;
  • l’intérêt de faire ou non de l’obfuscation de liens ;
  • etc.

Plus vous testerez, meilleurs vous serez. Prenez garde cependant, cela ne fonctionnera qu’à certaines conditions :

  • Avoir notre fameux échantillon représentatif ;
  • Mesurer dans le temps l’action.

Et c’est souvent sur ce dernier point que cela coince. Si vous effectuez une modification, pensez à noter la date précise de l’action pour pouvoir en analyser le potentiel impact plus tard (à J+2, à J+7, à J+30, etc.). Ici par exemple, je note sur Matomo (un outil de WebAnalytics) la date précise à laquelle je fais une optimisation, pour savoir plus tard si elle a porté ses fruits.

Exemple de notes suite à un test SEO

Rappelez-vous toujours, comme le dit très bien la vidéo ci-dessous d’Abondance : se tromper, c’est progresser !

Partager ses échecs

Dernier point et non des moindres : le partage doit se faire aussi sur vos échecs. Si vous testez une technique ou une optimisation SEO précise, si cette dernière ne semble pas avoir d’impact, il faut transmettre cette information. Si on ne dit pas à la communauté qu’une action est au mieux inutile, au pire dévastatrice, elle risque de se répéter.

Heureusement pour nous, certains partagent leurs échecs ou leurs constats sur l’inefficacité d’une action ou d’un choix technique. Mais bon nombre de tests infructueux ne sont jamais partagés.

Cette vidéo TED en anglais parle d’ailleurs très bien des effets dévastateurs que cela peut avoir de garder ses échecs pour soi, ici dans le milieu médical. En SEO, c’est la même chose : ce n’est qu’en partageant ses échecs que l’on fera progresser tout le monde.

Comment faire progresser le métier de référenceur ?

On essaie de prendre du recul sur ce que l’on fait pour mieux transmettre ou mieux apprendre soi-même le métier de référenceur. C’est honnêtement un combat de tous les jours :

  1. Quand on forme :
    1. On évalue le niveau des futurs apprenants avant de les former ;
    2. On s’assure qu’ils auront suffisamment de temps, de compétences et/ou de budget pour appliquer ;
    3. On privilégie le présentiel, et bien entendu les cas pratiques ;
    4. On accepte de ne pas tout savoir, et de faire prendre du recul sur certains points qui ne sont pas certains à 100% ;
    5. On simplifie, encore et toujours : imaginez que vous parlez à un enfant de 10 ans pour vous forcer à être le plus compréhensible possible.
  2. Quand on se forme :
    1. On teste, on teste et on teste ;
    2. On mesure dans le temps nos tests ;
    3. On essaie d’avoir toujours un échantillon représentatif ;
    4. On commence par se dire « il n’y a pas de liens entre cette action et ce résultat » plutôt que l’inverse ;
    5. On partage ses échecs aussi.

 

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